Blog du photographe velléitaire expatrié en Chine

Photojournaliste en Chine. Résumé des épisodes : Hong Kong en 2005, 2 mois de formation en attendant le visa journaliste pour la République Populaire. Ensuite Beijing pendant presque un an, photographe en chef pour une agence de presse spécialisée dans l'actualité économique et financière. Aujourd'hui, c'est Shanghaï, et l'aventure de lancer sa propre agence photo. Ce blog raconte les (més-)aventures d'un photographe pas sûr de lui et TOUJOURS pas sinophone lâché dans l'empire du milieu.

lundi, novembre 28, 2005

Réflexions sur le blog

En fait c'est assez difficile d'écrire un blog, parce que c'est un
peu crier dans la nuit. On raconte, mais on est seul. Je sais que
j'ai des lecteurs, vous, et je sais aussi que vous n'hésitez pas à
écrire des commentaires. Mais quand même, c'est moins sympa que les
mails. N'hésitez pas à m'écrire directement à photoluc@free.fr, cela
m'aidera à combattre ma mélancolie. Je consulte mes mails au moins
une fois par jour, le soir (qui a ici 7 heures d'avance par rapport à
la France, je le rappelle).

Je vais aussi arrêter de me forcer à écrire tous les jours. D'abord
je n'arrive pas à tenir le rythme, vous l'avez remarqué, ensuite il
ne faut pas non plus que ce blog devienne un travail ou une corvée.
En revanche j'essaierai à l'avenir d'être plus spontané, d'écrire ce
que j'ai ressenti dans la journée, ou même dans le moment...

Lucas

Merci de ne plus écrire à photoluc@librearbitre.com, qui marche
encore un peu mais sera obsolète très prochainement.

jeudi, novembre 24, 2005

Mercredi - Je ferme le bureau

Perdu un temps fou au bureau de l'immigration pour discuter du visa qui me permet de suivre une formation à Hong Kong. Faut-il le prolonger, le transformer en visa touristique, ne rien faire, passer dans l'illégalité, aller à Macau et revenir ? Tout cela pour un visa qui, je le rappelle, n'est pas important. Mais le visa important, celui qui me permettra d'être journaliste en Chine, met tellement de temps à venir que le visa pour Hong Kong a eu le temps de se périmer ! Aux dernières nouvelles, le visa chinois aurait pris du retard à cause de la visite en Chine du président américain George Bush. Il paraît que le ministère des affaires étrangères chinois dans son entier était mobilisé pour cette visite et qu'ils ne pouvaient rien faire d'autre pendant la semaine la précédant. Quand je pense que j'aurais dû couvrir cette visite présidentielle ! Et voilà que maintenant c'est à cause d'elle si je ne peux pas aller à Beijing commencer mon travail !

Rentré au bureau, je travaille, et je constate que j'y vois plus clair. Dans la méthode, la façon de faire, les étapes à suivre, et même l'objectif final. Je me sens à l'aise. J'attends tranquillement que le photographe que j'ai envoyé en mission m'envoie des photos d'un usine de production de cuivre à Shanghai. Le sujet : le prix de la tonne de cuivre est exceptionnellement à 4 200$ en ce moment, alors qu'il était à 3 000$ il y a quatre mois, à cause du trader Liu Qibing qui aurait vendu sans les avoir 200 000 tonnes de cuivre pour le compte du gouvernment chinois, lui faisant ainsi perdre plus de 200 millions de dollars. Le photographe en question, c'est le photographe stressé dont je vous ai parlé hier. Et aujourd'hui il me fait une bonne surprise, car les photos sont bonnes ! Je n'oublie pas de le lui dire. Comme il met un peu de temps à les envoyer, je propose à mon manager de partir tôt, et que je m'occuperai de fermer le bureau. Sauf que, me dit-il, lui aussi attend des photos, celles d'une manifestation de fermiers en Corée du sud. Mais si je suis prêt à m'occuper des deux sujets...

Il part donc. Je reste. Je gère les photos qui arrivent des deux photographes en même temps. Ça va. J'y arrive. Je finis tard mais je suis content de cette preuve de confiance.

mercredi, novembre 23, 2005

Je donne des ordres aux photographes - moi !

La foule à Causeway Bay, Hong Kong.

Mardi je suis resté calmement au bureau. Je refuse de toucher l'appareil-photo et surtout je m'empêche de l'emprunter pour faire des photos perso. Je n'ai pas envie de casser un nouvel objectif.

Ça tombe bien mon travail a consisté à donner du boulot à deux photographes, l'un à Shanghai et l'autre à Beijing. J'ai essayé d'être l'éditeur que j'aurais voulu avoir quand j'étais photographe freelance. J'ai essayé d'expliquer le plus en détail possible ce que je voulais. Je leur ai raconté le sujet qu'ils devaient illustrer, envoyé par mail les noms propres, décrit des photos idéales, répondu à leurs questions, détaillé et détaillé encore, et finalement je leur ai dit que tout ce que je leur avais dit n'était que des conseils et que surtout ils ne devaient pas se sentir limités par cela mais bien suivre leur inspiration. Que je ne leur reprocherais jamais d'être créatifs, au contraire. Qu'ils devaient se faire plaisir et faire de belles photos avant toute chose.

Et bien force est de constater que tout ce que j'ai pu dire n'a servi à rien. Cela n'a absolument pas changé leur façon de faire des photos. L'un est stressé, il est resté stressé. Il s'est donné à lui-même un travail que je ne lui ai pas demandé de faire, parce qu'il croyait que cela serait mieux. Il a sauté le déjeuner alors que je ne le lui avais pas demandé. Il a couru à droite et à gauche continuellement alors que tout ce qu'il avait à faire de la journée c'était le portrait de deux types (trois avec celui qu'il s'est ajouté). Je ne sais pas comment il s'est débrouillé. L'autre est calme, il l'est resté. Quand je l'ai appelé, il déjeunait et il m'a bien fait comprendre qu'il finirait son déjeuner avant de se mettre au travail. Ensuite, il a eu beaucoup de difficultés à trouver ce que je voulais qu'il prenne en photo, mais il ne m'a pas appeler pour me le dire. Il a trouvé la solution tout seul et ne m'a appelé que quand c'était réglé.

Conclusion : les photos qu'un photographe prend et la façon dont il les prend sont des choses si personnelles qu'on ne peut pas espérer les influencer. Ce serait comme vouloir changer la personnalité du photographe lui-même.

Conclusion sur l'auteur de la conclusion : je me surprends à être à l'aise dans ce rôle d'éditeur-photo. Et les photographes me prennent au sérieux !

Le soir avec Qin, Lee, un collègue qui comme moi attend un visa pour la République populaire de Chine, et Sophie, une amie de Qin qui vit à Hong Kong, on est allé manger sur une autre île de Hong Kong, Lamma. C'est très chic de prendre le ferry pour aller au restaurant, non ? Le petit village de pécheurs est peut-être un peu touristique, mais à cette heure-ci il n'y avait plus de touristes, et nous étions quasiment seuls dans le restaurant. Les fruits de mer étaient vraiment délicieux ! Bon, les Chinois n'arrivent pas à se passer de sauce, et elle est toujours à l'ail ou au curry, ce qui cache un peu le goût du crabe ou de la langouste. Mais la fraîcheur était imbattable !

Bien entendu on a failli rater le ferry du retour, et on a dû courir en riant pour l'attraper. Mais vous commencez à me connaître, non ?

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mardi, novembre 22, 2005

Deuxième reportage - Je casse un objectif !



Lundi, j'ai pris des photos d'hôtels et de touristes. L'histoire c'est que les hôtels de Hong Kong sont d'ores et déjà complets pour la semaine où va se dérouler l'OMC (13 au 18 décembre). En bonus, une légende garantie conforme à 100% au style de notre agence de presse, que j'apprends en ce moment...

"A groom waits for customers behind a door that reflects the statue of a lion, in the Peninsula hotel in Honk Kong, China, Monday, November 21, 2005. Hong Kong Hoteliers are welcoming World Trade Organization ministerial conference goers, who may fill almost 10,000 rooms. Photographer: Lucas Schifres"

Mais ce n'est pas le plus important. Après l'échec relatif du reportage sur les contrôles de température à la frontière, et les premières photos pas terribles que j'ai prises sur le sujet ce week-end, j'étais très nerveux. Et cela n'a pas raté, j'ai fait tomber un objectif sur le trottoir, celui qui est le plus inhabituel pour moi, le 24-70 mm (au moins 1 000 €). Les lentilles n'ont pas explosé mais la bague pour choisir la focale est maintenant bloquée sur 70 mm. Ça va être une réparation coûteuse. Paradoxalement, au moment où l'objectif s'est écrasé par terre, toute mon angoisse m'a quitté. J'anticipais de délicates explications auprès de mon manager, peut-être une engueulade (finalement pas du tout, il a été très compréhensif), mais tout à coup je n'avais plus aucune anxiété. La catastrophe pressentie était arrivée. Je n'avais plus à la redouter.

Je suis rentré au bureau expliquer ce qui s'était passé tout en me demandant si je n'étais pas sérieusement dérangé mentalement pour être aussi calme. Soit je suis fou soit je suis resté un petit garçon. Qui fait des bêtises pour voir si ça maman l'aime quand même. Si c'est cela, mon boss a comblé mes attentes. Il a dit que cela lui était arrivé aussi peu de temps après avoir commencé à travailler. C'est tout ? Je ne suis pas viré ?

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lundi, novembre 21, 2005

Deux autres photos



Comme cela je peux dire que je vous écris tous les jours, même si en fait je ne fais qu'envoyer des photos... En plus je triche, j'envoie ces messages mercredi, et je change la date d'envoi ensuite... Mais vous ne m'en voulez pas ?

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dimanche, novembre 20, 2005

Qin me rend visite


Qin est venue me rendre visite ce week-end, en prenant l'avion de Beijing. Du coup ce blog s'en ressent mais je suis désolé, je n'arrive pas à me sentir coupable. On en a profité le plus possible et mon moral est revenu au top. Pour me faire pardonner, je vous envoie quelques photos d'une promenade dans Hong Kong....

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samedi, novembre 19, 2005

Contrôles de température à la frontière Chine-Hong Kong

Premier reportage. Impression de découvrir une autre presse, avec une autre mentalité. Les journalistes sont plus respectueux, ils acceptent d'être parqués derrière une barrière pour écouter la bonne parole du médecin-chef. Une chose qui ne change pas : ce sont les photographes qui sont le moins disciplinés ! Mais tout de même plus que les photographes français. J'essaie de trouver ma place, voir ce que le fait d'être étranger et de ne pas comprendre peut m'apporter. Cela a beaucoup d'inconvénients, il faut bien que cela ait des avantages !

Finalement je ne suis pas très content des photos. Toujours un peu angoissé. Je me trouve des excuses, devant apprivoiser à la fois un nouveau continent, une nouvelle culture, une nouvelle façon de faire, un nouvel appareil-photo... Mais on pourrait aussi dire que c'est partout la même chose. A vous de juger la photo ci-jointe...

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En prenant le métro...


Je pars en reportage à la frontière entre la Chine et Hong Kong. Incroyable ! Ici on va à la frontière en train de banlieue ! Dans le métro qui s'appelle MTR j'apprivoise le matériel de l'agence. J'ai pensé que vous seriez heureux de voir une petite photo...

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1er reportage

Je vais faire des photos des controles de temperature a la frontiere chinoise. Les autorites hongkongaises se mefient des Chinois qui arrivent, vu que la grippe aviaire s'etend dans la Chine continentale. Je vais faire des photos ! Je suis content.

jeudi, novembre 17, 2005

Mercredi, 3ème jour de travail

Ça va mieux. J'ai trouvé un maillot de bain. Je me suis battu pour. Hier soir, je suis allé dans un autre grand magasin (Sogo, auquel je prédis le plus grand succès) et j'ai enfin trouvé un maillot de bain à ma taille. Ce n'était pas mon modèle préféré, mais il ne faut pas faire le difficile. Je me sens comme un géant ici. Il n'y a nulle part ma taille et on me regarde comme si je demandais la lune. Moi qui fais du 45, j'ose à peine imaginer ce que cela sera quand je devrais chercher des chaussures !

mardi, novembre 15, 2005

Mardi - 2eme jour de travail

Les editeurs photo font un boulot terrible et les photographes ne s'en rendent absolument pas compte ! Je viens de passer de l'autre cote de la barriere et je demande pardon a tous les editeurs photo que j'ai pris de haut, pris en pitie, ou tourne en ridicule. Comme tous les editeurs (ou comme les SR en France, les secretaires de redaction) les editeurs photo se retrouvent au coeur du systeme. Ils recoivent un nombre gigantesque d'informations et doivent les comprendre, les assimiler, les organiser, et les rendre accessibles au public en un temps record. Moi-meme, je suis au milieu non pas d'un mais de DEUX tourbillons d'information : celui que recoit un editeur photo normal, plus celui que recoit un apprenti-editeur photo de la part de l'editeur qui le forme mais qui n'a pas le temps pour cela. Resultat : mon boss travaille devant moi et me dit "voila comment on fait ceci, et cela, voila pourquoi on fait ceci, bien que moi j'en pense cela, etc. etc." Ce dont il ne se rend pas compte, c'est que ses mains volent, qu'il utilise tous les raccourcis-clavier, qu'il saute allegrement d'un ecran d'ordinateur a l'autre (nous en avons quatre chacun, oui QUATRE, c'est une caracteristique de l'agence) et que moi je n'ai pas le temps de voir de ce qu'il fait ! Sans parler du fait que j'ai du mal a evoluer dans un environnement ou l'on ne parle qu'anglais, en plus avec tous les accents du monde, et que ce clavier americain me tue ! (c'est d'ailleurs a cause de lui si je vous ecris sans accent maintenant)

Grand desespoir, je sors du bureau apres dix heures de travail en ayant l'impression de n'avoir rien fait, rien appris, et surtout d'en etre incapable. Je pense quitter ce boulot ou en etre bientot chasse en tant qu'imposteur ayant triche pendant les entretiens d'embauche alors que je ne suis manifestement pas fait pour ce travail. Mais qu'est-ce que je ferais alors, moi qui ait quitte ma vie a Paris pour venir en Chine ? Je vais me retrouver perdu a Beijing, chomeur de surcroit.

Comme si cela ne suffisait pas, je n'ai toujours pas trouve de maillot de bain a ma taille et cela m'accable (il en faut peu dans ces cas-la). Je telephone a Qin qui essaie de me remonter le moral, me dit que c'est toujours comme cela quand on commence, et m'encourage a trouver un maillot de bain. Sauf que le grand magasin ou je cherche n'en a pas en dehors de la saison et en plus ils ferment ! A 19h30 ! Pour Hong Kong, ou tout est toujours ouvert tout le temps, week-end et soirees compris, c'est tout-a-fait exceptionnel. J'y vois un symbole. On ne veut pas de moi. Ni a Wing On (le grand magasin auquel, entre parentheses, je predis la faillite), ni a Hong Kong, ni en Chine, ni en Asie. J'exagere et je sais que j'exagere. Mais c'est comme cela que je me sens aujourd'hui.

lundi, novembre 14, 2005

Où je suis grace à Google Earth

Pour ceux qui ont Google Earth, je vous propose de voir l'emplacement exact de mon hôtel en téléchargeant le petit fichier suivant, puis en double-cliquant dessus. Google earth vous emmènera alors juste au bon endroit. Vous pouvez télécharger Google Earth sur http://earth.google.com/ (PC uniquement).
mandarin.kmz

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Lundi - 1er jour de travail

Ce matin je me suis leve a 7h30 et j'ai suivi la foule des travailleurs qui se rendaient dans les tours, conscient d'etre un d'entre eux, d'etre presque un hongkongais. Maintenant je suis au 27eme etage d'une tour de HK qui appartient a Li Ka-Shing, le fameux magnat de l'immobilier qui a rachete Marionnaud. Je suis meme a un bureau d'angle et j'ai une vue fantastique sur les autres buildings, la montagne et la mer en meme temps. C'est mon premier jour de travail. Il va falloir devenir plus professionnel, c'est fini les vacances. On vient de parler avec mon boss de comment nous allions couvrir l'OMC de decembre a HK. Il m'a dit qu'il avait commande un masque a gaz pour moi. Pour les manifestations et les affrontements avec la police. Vous voyez le genre de reportage que cela va etre. J'ai hate.

dimanche, novembre 13, 2005

Jour 4 - Sheun Wang et réflexions

Dimanche les rues autour de l'hôtel sont fermées à la circulation, et
des centaines de femmes philippines envahissent le pavé. Ce sont les
immigrées qui sont femmes de ménage pendant la semaine et qui se
reposent le dimanche en se regroupant autour de Statue square et en
s'asseyant par terre pour discuter - seul loisir gratuit. C'est une
vision assez saisissante, toutes ces femmes assises là où les
voitures passent normalement. Et leur nombre donc ! J'ai repéré que
certaines femmes achetaient à une autre des assiettes de nouilles
avec de la viande et de la sauce, et évidemment j'en ai demandé une
moi aussi. Cela a été le déjeuner le moins cher que j'ai fait à HK :
15 $HK, soit 1,50 € avec boisson ! J'étais heureux de partager cela
avec elles et de faire partie de HK.

J'ai fait la promenade dans Sheun Wang décrite par le Lonely Planet
(pas loin de mon hôtel plus à l'ouest). Je ne sais pas si je peux la
conseiller, en tout cas je peux vous conseiller de ne pas la faire
quand je l'ai faite : un dimanche en fin d'après-midi. Beaucoup de
choses sont fermées. Mais c'est vrai qu'on voit ce que Hong Kong
était avant les buildings : des étalages de morues séchées, des
petits temples où des spirales d'encens qui paraissent ne devoir
jamais finir brûlent en permanence, des marchés de rue bondés et
sympathiques. Le contraste n'en est que plus saisissant quand on
retourne dans le quartier des buildings. On voyage dans le temps.

Tramway. Amusant. Les fenêtres sont en permanence ouvertes à cause de
la chaleur. Hong Kong Exhibition Centre. C'est là que la cérémonie de
restitution de HK à la Chine par les Anglais a pris place. Les Hong
Kongais gardent précieusement vides les mâts qui ont accueilli
pendant des années les drapeaux de la couronne anglaise. Pour le
souvenir. Les drapeaux chinois et hongkongais sont montés sur
d'autres mâts. Les mâts vides restent. Entourés d'un enclos
d'honneur. Personne ne songe à les retirer.

Le HK Exhibition Centre est en lui-même un pionnier. Il a été
construit sur des jetées lancées sur la mer pour lui. Il a pris la
place de la mer. Il va être suivi par d'autres. J'avais du mal à le
croire mais mon manager m'a affirmé qu'au moins cent mètres avaient
été gagné sur la mer au fil des années. Les Hongkongais remblaient au
fur et à mesure, et construisent sur la terre gagnée. Si vous avez un
immeuble juste au bord de la mer à HK, sachez que c'est temporaire.
Top ou tard, quelqu'un construira juste devant vous. Et vous volera
la vue, avant qu'on la lui vole à son tour. Je ne plaisante pas, j'ai
vu tout à coup sur mon plan consulté cent fois une petite ligne
pointillée qui s'appelle "projet de construction sur la mer". Et à ce
moment la signification des grues sur le port est devenue très
claire. Les travaux ont commencé. Le HK Exhibition Centre ne va plus
être le seul à avancer au-delà du front de mer. C'est le front de mer
qui va le rejoindre. Du coup l'île de HK se rapproche de plus en
plus du continent. Il y a déjà si peu d'espace qu'on pourrait
facilement construire un pont et se passer des ferries. Peut-être
qu'un jour il n'y aura que la longueur d'un ferry entre l'île et le
continent. Peut-être qu'un jour l'ïle sera reliée au continent sur
toute sa longueur. Le plus incroyable, c'est qu'à l'inverse, dans les terres, qui sont à peine à 300 mètres du front de mer, il y a des collines et qu'on ne construit pas dessus. Si on peut construire sur la mer, on peut construire sur des collines, non ? Mais non, les arbres restent sur les collines, intacts, inviolés, mystérieux.

L'octopus card. J'explique. Rien à voir avec la carte navigo de Paris
ou l'oyster card de Londres. Il ne s'agit pas que d'une carte de
transport, mais bien aussi d'une carte de paiement. Vous mettez de
l'argent dessus puis vous payez par simple contact magnétique. Vous
payez dans le métro, le bus, le tram, le ferry. Mais aussi dans le
supermarché. Une bouteille d'eau au 7-11, pas de monnaie, ou pas
envie de la chercher au fond du sac ? Clac un coup d'octopus card à
la caisse et c'est payé. Un cinéma ? Vous réservez sur Internet, vous
vous présentez devant l'ordinateur du cinéma, octopus card, clac il
crache les billets, vous passez devant tous ceux qui font la queue.
C'est super. Ça ne coûte aucun abonnement, juste un prix d'achat, et
souvent on a des réductions par rapport aux autres payeurs. Comme
quoi on se fout vraiment de notre gueule avec la carte monéo. Dans
des proportions qu'on n'imagine pas. On peut en discuter longtemps,
mais les hongkongais, eux, pendant ce temps, il font la course en tête.

Demain lundi je vais travailler pour la première fois.
J'ai hâte. Cela fait un mois et demi que je n'ai pas travaillé. Et j'aime mon travail.

samedi, novembre 12, 2005

Jour 3 - Tsim Sha Tsui

J'apprends qu'une star de Hong Kong, Leslie Cheung, très beau et jeune acteur bisexuel
genre James Dean local, s'est suicidé en sautant d'une chambre de mon
hôtel. Du coup le Mandarin Oriental est super connu et des gens
viennent le photographier pour cela. Je me demande de quelle chambre
il a sauté. Ne me dites pas que c'est de la 1722...

Aujourd'hui j'ai franchi la baie pour la première fois. Je suis allé
à Tsim Sha Tsui, donc au nord de Hong Kong Island, mais encore dans
la ville de Hong Kong. Géographiquement, c'est sur le continent,
alors que mon hôtel est sur une île, détaché, flottant, libre. Il
faut beaucoup d'imagination pour dire cela parce que c'est vraiment
la même ville des deux côtés de la baie, il n'y a qu'à regarder pour
s'en convaincre. Mais tout de même, avec l'imagination, je me sens
détaché du continent asiatique. Un peu au milieu de nulle part. Les
îles font toujours rêver.

Tout le monde me dit que le shopping est l'activité numéro 1 à Hong
Kong. Allons-y, faisons comme les autres. J'ai besoin de m'acheter un
maillot de bain. Direction Harbour city, un nouveau centre commercial
paraît-il, à Tsim Sha Tsui. Je vais dire des platitudes, mais c'est
pourtant vrai : c'était incroyable. Vous savez pourquoi cela
s'appelle Harbour city ? Tout simplement parce que c'est sur le port.
SUR le quai. C'est un centre commercial qui est SUR un quai ! A la
limite, les bateaux pourraient accoster de part et d'autres du centre
commercial et décharger leurs marchandises directement dedans, et
elles seraient immédiatement vendues dans les boutiques. Je ne
plaisante pas, d'ailleurs Harbour city a la forme d'un grand entrepôt.

Et bien c'est pire que cela. La vérité dépasse tout ce que j'aurais
pu imaginer. Il y a bel et bien des bateaux qui accostent de part et
d'autre de Harbour city ! Et des passerelles les relient
immédiatement au centre commercial. Pourquoi faire ? Je traverse tout
le centre pour le savoir. J'arrive au bout. Il y a en un guichet pour
embarquer sur les ferries. Une liste de prix, des dates proposées
pour la réservation. Mais nulle part la ou les destinations. Où vont
ces bateaux ? Pourquoi acheter un billet si on ne sait pas où l'on
va ? Je n'y tiens plus, je demande au guichet. On me dit : ces
bateaux ne vont nulle part. Ils tournent juste un peu en rond dans
l'océan. Ils partent un jour et reviennent ici le lendemain. Mais sur
les bateaux il y a un casino. Et dès qu'ils sont dans les eaux
internationales les gens jouent. Jouent toute la nuit, dorment un
peu, et reviennent chez eux le lendemain. Pourquoi voyager quand on
peut jouer. Incroyable. Il y a dans ce monde des ferries qui ont pour
destination nulle part. C'est comme si je n'avais jamais vu le monde
avant. Il faut avoir vécu sur au moins trois continents pour pouvoir
prétendre connaître le monde. Et en plus je n'ai pas trouvé de maillot de bain.

Je vois le coucher de soleil depuis le sud de Tsim Sha Tsui. Donc si
vous avez suivi mon hôtel est maintenant en face de moi. Derrière
l'eau. Parmi un panorama de buildings. Une skyline plus belle que
celle de NY, parce que plus proche, plus émouvante. Il y a de la
brume, mais elle disparaît dans la nuit. Les fenêtres des buildings
s'illuminent une à une. Et une demi-heure plus tard ce n'est plus le
même panorama. Je ne sais pas si je vais me faire comprendre mais on
est passé d'une belle photo de brume noir et blanc à une très belle
photo d'illuminations de buildings couleur.

A propos de photo j'en ai refait aujourd'hui. Ça me fait vraiment
plaisir. Ça me manquait. Et l'argentique, c'est incomparable. C'est
comme si on se faisait un cadeau à soi-même à découvrir plus tard.
Est-ce que la photo sera bonne ? On se fait un petit clin d'œil, on
verra. J'avais oublié cela.

J'ai pris un taxi et je suis monté au nord voir Temple street. A cette
occasion j'ai compris que les noms de rue ou de lieu n'avaient rien à
voir en chinois et en anglais. Ce ne sont pas des traductions l'un de
l'autre, c'est complètement différent. Temple street, par exemple,
c'est Yan Ta Mei. Il faut connaître l'équivalence, c'est plus dur que
de connaître la traduction. Je le sais parce que le taximan ne
comprenait pas où je voulais aller. Alors il a pris sa radio, a
appelé l'opératrice et m'a fait dire "Temple Street" dans le micro.
L'opératrice lui a dit où aller.

Temple street est un marché de nuit, où on vend des DVD contrefaits
et des bibelots sur des étals si proches les uns des autres qu'il ne
reste qu'un couloir pour se faufiler en file indienne. Un peu
touristique mais vraiment sympa. Et je recommande particulièrement de
coupler la visite avec un pause dans ce petit restaurant de fruits de
mer à un croisement (je ne sais pas le nom mais c'est le seul qui
fait un étalage de ses produits qu'on peut montrer du doigt pour
commander). Je me suis attablé et j'ai commandé des coques pimentées,
des coquilles saint jacques et un crabe à la vapeur. C'était
facilement une portion pour deux mais j'avais tellement envie de tout
goûté ! (160 $HK avec une bière). Le crabe était de loin le meilleur,
et la serveuse m'a appris à le découper à la chinoise. On mange
directement à même la coquille du crabe coupé en deux, encore tout
chaud de vapeur ! Je n'arrêtais pas de me dire : "je mange un crabe à
la vapeur à Hong Kong. Je suis à Hong Kong. Hong Kong". Il faut voyager

Je suis rentré en ferry. J'ai pensé au film La Moustache, de cette
année. Vous l'avez vu ? Et bien j'ai pris le même ferry que Vincent
Lindon (mais moi une seule fois !). Et j'ai renversé le dossier comme
lui. Mais je vais vous décevoir : j'ai payé avec une octopus card
(une carte magnétique), pas avec des jetons. Quel arriéré ce Vincent
Lindon ! J'étais bien content d'être dans le film. Et de voir la
ville depuis la baie. Ça sentait la mer.

Ensuite j'ai voulu essayé ce qu'était un cinéma à HK. Sièges
confortables, places réservables sur Internet, et payables avec
l'octopus card (je vous expliquerai). A part ça c'est comme partout.
Et La légende de Zorro c'est nul (et ridicule : Zorro était
catholique et pour l'indépendance de la Californie, il est devenu
protestant et pour l'union de la Californie aux USA, sa femme
travaille pour le FBI qui n'existe pas encore, et il réussit à
divorcer puis à faire officier un moine catholique à son re-mariage !).

Mais je dois vous parler de Lan Kwai Fong. Pour ceux qui ont suivi
j'y suis déjà allé déjeuner. Mais le samedi soir c'est un endroit
complètement différent ! Je suis sorti dans pas mal de villes du
monde, alors je n'ai pas peur de l'affirmer, c'est unique ! D'abord
j'ai beaucoup plus aimé la faune que celle de Wan Chai hier soir. Ici
les gens ont plus de 18 ans et les filles portent des jeans. Je me
sentais plus à l'aise. Désolé si j'ai donné une mauvaise idée de la
nuit hongkongaise, c'est le propre des premières impressions. Ensuite
il y a ce côté très british des bars qui débordent sur la rue. Vous
voyez ce que je veux dire, comme à Londres ? Mais là c'est puissance
10 : la clientèle d'un bars boit et discute devant le bar, le bar
d'en face fait pareil, les clientèles se mêlent, et finalement vous
ne savez plus qui vient de quel bar et qui de quel autre, cela n'a
aucune importance, c'est partout la même fête ! C'est génial ! Vous
prenez une bière dans un verre en plastique et vous êtes complètement
libre, vous n'avez même pas à revenir au premier bar rendre le verre.
Fini l'angoisse de chercher un bar cool et de vous demander toute la
nuit si un autre bar n'aurait pas été plus cool : vous passez d'un
bar à l'autre, vous êtes de tous les bars, tous les bars sont de la
fête, la rue entière est en fête, la musique déborde elle aussi, vous
entendez trois ambiances en même temps, les gens dansent dans la rue,
vous marchez deux pas si vous préférez la musique de l'autre bar,
tout le monde parle en même temps, les voitures sont interdites,
toute la rue est colonisée, aucune odeur de fumée, la foule est dense
et super sympa !

J'ai réussi à parler à quelques personnes. S'il y a quelque chose
d'incroyable à HK, c'est bien le mélange réussi des cultures, réussi
au point qu'il se voit dans les personnalités des gens. Vous voyez la
mentalité des Asiatiques ? Non pas celle des Japonaises qui gloussent
et font : "hi hi hi !" en réfugiant leur museau gêné dans leurs
mains. Non, les Asiatiques en général, plutôt discrets, fiers,
indépendants, pas très causants. Ce qui fait qu'on les dit mystérieux
quand on veut les complimenter et fourbes quand on veut les
déprécier. Et vous voyez la mentalité des anglo-saxons ? Ouverts,
francs, pas timides, le genre à vous lancer une main ferme en disant
"Hi ! I'm Nick. Where are you from?" avec un sourire (ce qui n'en
fait pas des amis, il faut le savoir). Et bien imaginez une jolie
petite Asiatique toute menue qui vous vous tend la main, vous
gratifie d'un sourire franc sans détourner les yeux, la tête droite,
et vous dit "Hi ! I am Mo, how are you doing?". C'est ça Hong Kong.

vendredi, novembre 11, 2005

2ème jour - Lan Kwai Fong et Pic Victoria

La vie est fantastique - hier j'étais plein de ce sentiment.
Aujourd'hui un peu moins, je me suis même déjà habitué à la vue de ma
chambre d'hôtel. C'est fou comme on se lasse rapidement. Je pense que
c'est pour cela que ce sentiment est tellement précieux : il passe si
vite. Il y a peu de moments comme cela dans la vie. J'ai de la chance
d'en connaître beaucoup en ce moment.

J'ai déjeuné à Lan Kwai Fong, avec mon boss. Mais c'est surtout la
foule bariolée, business, marchant sur les passages cloutés (je
devrais dire rayés) jaunes qui a retenu mon attention. Je voyais des
photos à faire à chaque pas. C'est étonnant comme il y a autant
d'Occidentaux que d'Asiatiques dans ce quartier des affaires.
Vraiment moitié-moitié. Personne n'est l'étranger de l'autre.
Incroyable. Je pense que Dennis s'apercevait de mon ravissement parce
qu'il me laissait regarder sans parler. Je devais avoir l'air d'un
gamin qui reçoit un nouveau jouet.

Je suis monté au pic Victoria par le funiculaire. Histoire de voir la
ville de haut et de jouer les Rastignac - à nous deux HK. Pendant que
j'y étais et puisque je faisais face au
nord alors que je suis à l'extrémité Sud de la Chine, et même en face d'elle puisqu'à Hong Kong Island je suis sur une île et que j'ai le continent devant moi : à nous deux la Chine !

J'ai pris un taxi pour sortir à Wan Chai. La porte arrière gauche
s'est ouverte toute seule devant moi, c'est rigolo. Le taxi doit
l'actionner avec un bouton spécial. Tout le monde doit connaître ce
truc sauf moi.

J'ai mangé des raviolis grillés (au Beijing Shui Jiao Wong à Wan
Chai, je recommande). Ça faisait du bien de ne pas être dans un
endroit de luxe même si c'est un peu absurde quand on arrive du
Mandarin Oriental, et en taxi en plus.

En sortant j'ai vu qu'il y avait des bars et j'ai traîné un peu. J'ai
pu découvrir la faune qui sort le soir. J'étais sidéré. D'abord les
filles sont nues. C'est vrai que le climat les aide et que
contrairement à Paris elles n'ont pas peur d'attraper une pneumonie
si elles mettent une robe. Mais là elles étaient vraiment nues, 20
grammes de tissu partant de juste au dessus des mamelons pour arriver
juste au dessous de la culotte, pas plus. Et je ne parle pas des
professionnelles. Plus le maquillage, les ongles peints, les
paillettes, et tous les accessoires fashion. Ensuite l'âge. Les
noceurs doivent avoir 18 ans à peu près. Et tous super friqués.
Sortir coûte déjà cher, mais vu tout ce qu'ils portaient sur eux
(vêtements cools, montre luxe, portable dernier cri), ça doit être la
jeunesse platinée de HK. Et ils vivent ici ! Sans s'étonner, ils
trouvent que HK est normal !

Je ne me sentais pas dans mon élément. J'aurais voulu leur parler
mais je n'étais pas assez cool, et pas assez jeune. Bientôt je serai
trop vieux, on ne me laissera même plus entrer dans des bars comme
cela. Le manager du bar a pris pitié de moi et est venu me faire la
conversation. Mais ça n'a pas remonté mon moral, bien au contraire.
Bon c'est que je suis seul, c'est normal que je m'ennuie.

jeudi, novembre 10, 2005

Vol Paris-Hong Kong et arrivée

Je ne suis pas snob, mais le vol Air France en business était fantastique. C'était comme une nuit de champagne dans le cosmos. Comme on peut vraiment dormir dans les sièges business, j'ai eu l'impression que le voyage durait deux heures. L'heure avant de dormir, avec un vrai dîner au foie gras et champagne, plus l'heure après mon sommeil, avec un petit déjeuner aux oeufs servi sur une nappe. En deux heures j'étais à Hong Kong.

La première impression de la ville est fantastique. Le décor est futuriste, la ville est comme un immense centre commercial, on entend parler toutes les langues (y compris le français) et tous les habitants sont habillés en businessmen ou women du troisième millénaire, en tailleur, costume, ipod, et portables de la dernière génération. A côté de cela une atmosphère chaude, poisseuse, pleine d'odeurs de cuisine, et une température de 24° à sept heures du soir. J'imagine qu'une station orbitale sur mars serait exactement pareil : chaleur, futurisme, et population éclectique mondiale super sapée.

On m'a réservé une chambre au Mandarin Oriental. Le service est fantastique. Il y a Internet haut débit dans toutes les chambres, du coup, ça y est, je commence mon blog. La chambre est climatisée et a tout le confort, baignoire avec sels de bains, thé servi avec les compliments de la direction, adaptateur pour l'alimentation de mon ordinateur portable apporté dans la seconde par le room service. Mais il me suffit d'ouvrir la porte de mon balcon pour prendre Hong Kong dans la figure. La chaleur revient, les buildings s'élancent à droite et à gauche, les taxis rouges défilent 17 étages plus bas. En face, vue sur le port de Hong Kong, rien de moins. Immeubles futuristes illuminés de couleurs changeantes à toute heure de la journée. Lettres géantes passant au ralenti sur un building de l'autre côté de la baie. Ferries glissant sur l'eau. Activité, activité, énergie, folie. Hong Kong, me voilà, j'y suis.

Je prends une photo de la vue de mon balcon avec mon appareil argentique puisque je n'ai que cela pour l'instant. Je ne sors pas, trop crevé, trop occupé à envoyer des e-mails. Je me couche mais le décalage horaire me ressort de mon lit à 6 heures du matin (il n'est que 23 heures à Paris donc pour mon horloge interne) et je vous écris cela.