J'apprends qu'une star de Hong Kong, Leslie Cheung, très beau et jeune acteur bisexuel
genre James Dean local, s'est suicidé en sautant d'une chambre de mon
hôtel. Du coup le Mandarin Oriental est super connu et des gens
viennent le photographier pour cela. Je me demande de quelle chambre
il a sauté. Ne me dites pas que c'est de la 1722...
Aujourd'hui j'ai franchi la baie pour la première fois. Je suis allé
à Tsim Sha Tsui, donc au nord de Hong Kong Island, mais encore dans
la ville de Hong Kong. Géographiquement, c'est sur le continent,
alors que mon hôtel est sur une île, détaché, flottant, libre. Il
faut beaucoup d'imagination pour dire cela parce que c'est vraiment
la même ville des deux côtés de la baie, il n'y a qu'à regarder pour
s'en convaincre. Mais tout de même, avec l'imagination, je me sens
détaché du continent asiatique. Un peu au milieu de nulle part. Les
îles font toujours rêver.
Tout le monde me dit que le shopping est l'activité numéro 1 à Hong
Kong. Allons-y, faisons comme les autres. J'ai besoin de m'acheter un
maillot de bain. Direction Harbour city, un nouveau centre commercial
paraît-il, à Tsim Sha Tsui. Je vais dire des platitudes, mais c'est
pourtant vrai : c'était incroyable. Vous savez pourquoi cela
s'appelle Harbour city ? Tout simplement parce que c'est sur le port.
SUR le quai. C'est un centre commercial qui est SUR un quai ! A la
limite, les bateaux pourraient accoster de part et d'autres du centre
commercial et décharger leurs marchandises directement dedans, et
elles seraient immédiatement vendues dans les boutiques. Je ne
plaisante pas, d'ailleurs Harbour city a la forme d'un grand entrepôt.
Et bien c'est pire que cela. La vérité dépasse tout ce que j'aurais
pu imaginer. Il y a bel et bien des bateaux qui accostent de part et
d'autre de Harbour city ! Et des passerelles les relient
immédiatement au centre commercial. Pourquoi faire ? Je traverse tout
le centre pour le savoir. J'arrive au bout. Il y a en un guichet pour
embarquer sur les ferries. Une liste de prix, des dates proposées
pour la réservation. Mais nulle part la ou les destinations. Où vont
ces bateaux ? Pourquoi acheter un billet si on ne sait pas où l'on
va ? Je n'y tiens plus, je demande au guichet. On me dit : ces
bateaux ne vont nulle part. Ils tournent juste un peu en rond dans
l'océan. Ils partent un jour et reviennent ici le lendemain. Mais sur
les bateaux il y a un casino. Et dès qu'ils sont dans les eaux
internationales les gens jouent. Jouent toute la nuit, dorment un
peu, et reviennent chez eux le lendemain. Pourquoi voyager quand on
peut jouer. Incroyable. Il y a dans ce monde des ferries qui ont pour
destination nulle part. C'est comme si je n'avais jamais vu le monde
avant. Il faut avoir vécu sur au moins trois continents pour pouvoir
prétendre connaître le monde. Et en plus je n'ai pas trouvé de maillot de bain.
Je vois le coucher de soleil depuis le sud de Tsim Sha Tsui. Donc si
vous avez suivi mon hôtel est maintenant en face de moi. Derrière
l'eau. Parmi un panorama de buildings. Une skyline plus belle que
celle de NY, parce que plus proche, plus émouvante. Il y a de la
brume, mais elle disparaît dans la nuit. Les fenêtres des buildings
s'illuminent une à une. Et une demi-heure plus tard ce n'est plus le
même panorama. Je ne sais pas si je vais me faire comprendre mais on
est passé d'une belle photo de brume noir et blanc à une très belle
photo d'illuminations de buildings couleur.
A propos de photo j'en ai refait aujourd'hui. Ça me fait vraiment
plaisir. Ça me manquait. Et l'argentique, c'est incomparable. C'est
comme si on se faisait un cadeau à soi-même à découvrir plus tard.
Est-ce que la photo sera bonne ? On se fait un petit clin d'œil, on
verra. J'avais oublié cela.
J'ai pris un taxi et je suis monté au nord voir Temple street. A cette
occasion j'ai compris que les noms de rue ou de lieu n'avaient rien à
voir en chinois et en anglais. Ce ne sont pas des traductions l'un de
l'autre, c'est complètement différent. Temple street, par exemple,
c'est Yan Ta Mei. Il faut connaître l'équivalence, c'est plus dur que
de connaître la traduction. Je le sais parce que le taximan ne
comprenait pas où je voulais aller. Alors il a pris sa radio, a
appelé l'opératrice et m'a fait dire "Temple Street" dans le micro.
L'opératrice lui a dit où aller.
Temple street est un marché de nuit, où on vend des DVD contrefaits
et des bibelots sur des étals si proches les uns des autres qu'il ne
reste qu'un couloir pour se faufiler en file indienne. Un peu
touristique mais vraiment sympa. Et je recommande particulièrement de
coupler la visite avec un pause dans ce petit restaurant de fruits de
mer à un croisement (je ne sais pas le nom mais c'est le seul qui
fait un étalage de ses produits qu'on peut montrer du doigt pour
commander). Je me suis attablé et j'ai commandé des coques pimentées,
des coquilles saint jacques et un crabe à la vapeur. C'était
facilement une portion pour deux mais j'avais tellement envie de tout
goûté ! (160 $HK avec une bière). Le crabe était de loin le meilleur,
et la serveuse m'a appris à le découper à la chinoise. On mange
directement à même la coquille du crabe coupé en deux, encore tout
chaud de vapeur ! Je n'arrêtais pas de me dire : "je mange un crabe à
la vapeur à Hong Kong. Je suis à Hong Kong. Hong Kong". Il faut voyager
Je suis rentré en ferry. J'ai pensé au film La Moustache, de cette
année. Vous l'avez vu ? Et bien j'ai pris le même ferry que Vincent
Lindon (mais moi une seule fois !). Et j'ai renversé le dossier comme
lui. Mais je vais vous décevoir : j'ai payé avec une octopus card
(une carte magnétique), pas avec des jetons. Quel arriéré ce Vincent
Lindon ! J'étais bien content d'être dans le film. Et de voir la
ville depuis la baie. Ça sentait la mer.
Ensuite j'ai voulu essayé ce qu'était un cinéma à HK. Sièges
confortables, places réservables sur Internet, et payables avec
l'octopus card (je vous expliquerai). A part ça c'est comme partout.
Et La légende de Zorro c'est nul (et ridicule : Zorro était
catholique et pour l'indépendance de la Californie, il est devenu
protestant et pour l'union de la Californie aux USA, sa femme
travaille pour le FBI qui n'existe pas encore, et il réussit à
divorcer puis à faire officier un moine catholique à son re-mariage !).
Mais je dois vous parler de Lan Kwai Fong. Pour ceux qui ont suivi
j'y suis déjà allé déjeuner. Mais le samedi soir c'est un endroit
complètement différent ! Je suis sorti dans pas mal de villes du
monde, alors je n'ai pas peur de l'affirmer, c'est unique ! D'abord
j'ai beaucoup plus aimé la faune que celle de Wan Chai hier soir. Ici
les gens ont plus de 18 ans et les filles portent des jeans. Je me
sentais plus à l'aise. Désolé si j'ai donné une mauvaise idée de la
nuit hongkongaise, c'est le propre des premières impressions. Ensuite
il y a ce côté très british des bars qui débordent sur la rue. Vous
voyez ce que je veux dire, comme à Londres ? Mais là c'est puissance
10 : la clientèle d'un bars boit et discute devant le bar, le bar
d'en face fait pareil, les clientèles se mêlent, et finalement vous
ne savez plus qui vient de quel bar et qui de quel autre, cela n'a
aucune importance, c'est partout la même fête ! C'est génial ! Vous
prenez une bière dans un verre en plastique et vous êtes complètement
libre, vous n'avez même pas à revenir au premier bar rendre le verre.
Fini l'angoisse de chercher un bar cool et de vous demander toute la
nuit si un autre bar n'aurait pas été plus cool : vous passez d'un
bar à l'autre, vous êtes de tous les bars, tous les bars sont de la
fête, la rue entière est en fête, la musique déborde elle aussi, vous
entendez trois ambiances en même temps, les gens dansent dans la rue,
vous marchez deux pas si vous préférez la musique de l'autre bar,
tout le monde parle en même temps, les voitures sont interdites,
toute la rue est colonisée, aucune odeur de fumée, la foule est dense
et super sympa !
J'ai réussi à parler à quelques personnes. S'il y a quelque chose
d'incroyable à HK, c'est bien le mélange réussi des cultures, réussi
au point qu'il se voit dans les personnalités des gens. Vous voyez la
mentalité des Asiatiques ? Non pas celle des Japonaises qui gloussent
et font : "hi hi hi !" en réfugiant leur museau gêné dans leurs
mains. Non, les Asiatiques en général, plutôt discrets, fiers,
indépendants, pas très causants. Ce qui fait qu'on les dit mystérieux
quand on veut les complimenter et fourbes quand on veut les
déprécier. Et vous voyez la mentalité des anglo-saxons ? Ouverts,
francs, pas timides, le genre à vous lancer une main ferme en disant
"Hi ! I'm Nick. Where are you from?" avec un sourire (ce qui n'en
fait pas des amis, il faut le savoir). Et bien imaginez une jolie
petite Asiatique toute menue qui vous vous tend la main, vous
gratifie d'un sourire franc sans détourner les yeux, la tête droite,
et vous dit "Hi ! I am Mo, how are you doing?". C'est ça Hong Kong.