Un constat
Il ne fallait pas essayer si fort. Trop donné, dans la Chine, dans le travail. Trop jeté dedans à corps perdu. Je rencontre des Français à Beijing (je commence à peine) et ils me paraissent si français, dans leur façon de faire, de penser. Pas moi. J'ai tellement voulu m'adapter, apprendre à toute vitesse, me donner à fond, j'ai perdu tous mes repères, mes habitudes de Français, mes amis, ma façon de penser... Même du mal à taper sur un clavier azerty maintenant. Il ne fallait pas. Rien ne vaut de se sacrifier à ce point-là, au point de s'annihiler. Aucun travail ne vaut le coup. Aucune personne ne mérite qu'on fasse cela pour elle. D'ailleurs ce n'est pas ce que les gens veulent, qu'on perde sa personnalité pour eux, qu'on devienne un légume sans saveur - quel intérêt ? D'où il résulte que je n'aurais pas dû le faire, ni pour mon travail ni pour Qin et qu'aucun des deux ne m'en sera reconnaissant. Je l'ai fait pour eux mais je ne l'ai pas fait pour eux. Je l'ai fait parce que je souffrais tellement, j'étais tellement perdu que je ne savais pas quoi faire. Ni comment revenir en arrière, laisser tomber le travail, tout laisser tomber, rentrer en France. Comment, avec quel travail, où trouver un appartement, seul ? J'ai eu peur de rentrer après avoir si peur de partir. Peur d'avoir fait tous ses efforts pour rien. Pas le courage d'admettre l'échec. S'enliser dans l'erreur plutôt que la reconnaître. Et tout cela pour des gens qui ne peuvent pas reconnaître que c'est pour eux. Je les comprends très bien. Et si ce n'est pas pour eux c'est pour qui ? Juste une erreur pour cause d'erreur. D'où il résulte qu'il ne faut jamais se donner à fond dans la vie, de peur de se perdre soi même. Au contraire il faut se préserver et cultiver sa personnalité. Savoir ses limites, dire "non, ça c'est pas moi". Les gens ne vous en aimeront que plus.

