Pour ceux qui auraient raté le début... Je profite d'un long e-mail
que je viens d'envoyer à un ami auquel je n'avais pas donné de
nouvelles depuis longtemps pour recopier une partie de cet e-mail
dans le blog et ainsi faire un petit résumé de ce qui s'est passé
dans ma vie depuis mon départ en Chine. Beaucoup m'ont en effet dit
"n'avoir rien compris" à ce qui c'était passé entre moi et Qin, et je
comprends que le format des "posts" surtout quand ils sont
irréguliers, est un peu difficile pour comprendre et reconstituer le
puzzle. Voici donc un résumé, très subjectif et sans doute faux,
écrit aujourd'hui, de ce que je me rappelle de l'année passée.
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Ma vie en Chine ? Bon ben en super résumé alors. Je suis arrivé à
Pékin quasiment juste au début de l'année 2006 (quelques jours
avant), c'est facile pour les comptes. Avant j'avais fait deux mois
de formation à Hong Kong, plus couverture de l'OMC avec clashes entre
manifestants et forces de l'ordre, assez cool. En plus Bloomberg est
assez généreuse quand tu commences chez eux, j'étais dans un hôtel
quatre étoiles tous frais payés pendant les deux mois.
L'arrivée à Pékin en plein hiver m'a fait rapidement déchanté.
Surtout, Qin, qui avait trouvé l'appart, n'était pas dedans ! Pendant
que j'étais à Hong Kong elle avait trouvé un job chez Séphora, dont
le siège est à Shanghai, et qui devait commencer par trois mois de
formation... à Shanghai. Comme je venais de lui imposer deux mois de
séparation pour ma propre formation à Hong Kong, j'aurais eu du mal à
protester...
Seulement voilà, son job s'est transformé, parce que la directrice de
formation de Séphora a démissionné, et qu'on lui a proposé le poste.
Elle a accepté, avec la promesse que le poste serait transféré à
Pékin "à un moment ou un autre". Là on a risqué la rupture, je n'en
pouvais plus à Pékin seul, ne parlant pas un mot, avec les Chinois
qui ne parlent pas un mot d'anglais, à me perdre A CHAQUE FOIS que je
rentrais du travail. Je lui avais dit d'accepter le travail, OK, à
condition qu'on lui donne une date de retour à Pékin, n'importe
laquelle. Et de ne pas accepter s'il n'y avait pas de date fixe. Donc
elle avait clairement ignoré mon avis.
Je lui ai dit que je pétais les plombs et elle a travaillé à obtenir
de Séphora une date précise de transfert à Pékin. A un moment, ils
lui ont dit décembre 2006. On était en février. Je lui ai dit, OK,
merci d'avoir fait des efforts pour obtenir une date, moi je ne
pouvais plus vivre dans l'incertitude comme cela. Et comme cette date
c'est dans huit mois, c'est clair, je ne peux absolument pas vivre
huit mois à Pékin tout seul, ce n'est pas pour cela que je suis venu
en Chine, c'est pour vivre avec toi, donc je rentre en France. Elle a
dit, OK, OK, attends, je vais renégocier.
Ensuite elle a obtenu d'être transférée en mai. Tu peux juger comme
j'étais heureux pendant ces 5 mois tout seul à Pékin et combien j'ai
fait de conneries. Je n'arrivais même pas à trouver ce que je voulais
dans les supermarchés, et pour tout dire, j'ai vite arrêté d'essayer.
Pendant un moment je me suis habitué à être seul dans mon duplex de
175 m2 à Pékin, à manger les succulents plats chinois que la bonne me
préparait et que je trouvais encore chauds en rentrant du travail
(c'est la façon que j'avais trouvé de résoudre le problème des
courses), puis à regarder des DVDs tout seul. Ah oui, un duplex de
175 m2 et une bonne cela ne coûte rien à Pékin. Mais non, ce n'était
pas drôle du tout, rétrospectivement je crois que j'étais en
dépression pendant ces mois-là.
Pour compenser je me donnais à fond dans mon travail, ce qui ne sera
pas du tout récompensé par la suite. Qin est soit-disant rentrée à
Pékin en mai mais en fait elle passait encore la moitié de son temps
à Shanghai. Ben oui sa boîte est basée à Shanghai, c'est comme ça,
ils n'ont accepté de la transférer à Pékin que pour lui faire
plaisir, mais en fait ils avaient toujours besoin d'elle à Shanghai.
Enfin 50% à Pékin c'était déjà un mieux par rapport à avant, et de
mon côté j'avais malgré tout appris quelques monosyllabes de chinois,
compris quelques habitudes chinoises, trouvé quelques restaurants pas
mal, rencontré quelques personnes avec qui sortir. Ceci dit, rentrer
dix jours à Paris en mai m'a fait un bien fou.
On a trouvé un modus vivendi comme cela, et puis rapidement les
vacances d'été sont arrivées, on a passé quelques semaines en France,
et puis à la rentrée je me suis mis à voyager pas mal pour le boulot.
Evidemment cela ne résolvait pas le problème de la séparation avec
Qin, au contraire, mais elle ne pouvait pas me reprocher de voyager
moi aussi, et puis les reportages dans des pays étrangers, c'est
quand même ce qui m'intéresse le plus dans le métier de
photojournaliste. C'est comme cela que j'ai pu voir le Vietnam en
septembre et Singapour en octobre. Bon, c'était pas du tourisme,
c'était des journées de boulot de 14 heures à couvrir des rencontres
internationales (APEC, FMI + Banque Mondiale), mais c'était chouette
quand même. Et puis, ce n'est pas à moi de le dire mais je vais le
dire quand même parce que sinon personne ne va le faire, j'ai
vraiment fait du bon boulot et des bonnes photos pendant ces voyages,
et franchement faire du bon travail ça me rend vraiment heureux.
Après Singapour je suis allé dans l'ouest chinois, le Xinjiang, et
j'ai vu le désert, c'était cool aussi.
Entretemps on avait décidé de déménager parce que je ne supportais
plus ce duplex où j'avais été si malheureux. On a sous-loué pendant
deux mois un superbe appartement typiquement pékinois à deux pas de
la cité interdite. ça s'appelle une cour carrée, je pense qu'une
bonne description c'est de dire que c'est un petit jardin bordé de
quatre pièces en rez-de-chaussée, et tu habites ces 4 pièces. C'était
le meilleur moment pour y habiter, l'automne est la meilleure saison
à Pékin.
Mais l'amie qui nous sous-louait l'appartement est rentrée et a voulu
qu'on parte. C'était notre intention dès le début, mais pour des
raisons de boulot, d'emploi du temps, on n'avait pas encore trouvé un
appartement de remplacement, on lui a demandé quelques jours de plus,
elle nous en a donné quelques uns, et puis finalement elle nous a
foutu dehors. Peut-être croyait-elle qu'on ne cherchait pas
sincèrement, pourtant c'était bien le cas. On s'est retrouvé SDF et
on a abusé de l'hospitalité successive de deux amis. Au total on a
fait quatre déménagements en moins de trois mois (mais on est devenu
des pros, il ne nous fallait plus qu'une soirée pour déménager à la
fin).
Une autre incertitude qui ne rendait pas la recherche d'appartement
facile, et surtout qui faisait hésiter au moment de signer un bail
d'un an, était les problèmes à mon boulot. En résumé : comme je l'ai
dit au début je m'étais défoncé. Ensuite mon manager a démissionné et
je me suis défoncé encore plus pour le remplacer. Ensuite j'ai eu une
nouvelle manager et ça a commencé à déconner. Non seulement je n'ai
jamais été récompensé pour les efforts que j'ai faits, mais ça a été
pire, on a commencé à m'accuser de choses et de me mettre à
l'épreuve. J'ai surmonté un mois de mise à l'épreuve et je m'en suis
bien sorti. Ensuite ça a été la période des voyages au Vietnam et à
Singapour, je commençais à me dire que ce boulot valait le coup
finalement. Quand je suis revenu des voyages, ils ont recommencé à
m'accuser de trucs et là pour le coup c'était complètement faux. Je
me suis défendu mais c'était une vraie chasse aux sorcières, tout ce
que je disais rendrait les choses pires, on a inventé des mensonges,
déformé ce que je disais. A ce moment on était dans les déménagements
et Qin retournait toujours régulièrement à Shanghai, qui après tout
avait l'air d'une ville plus cool que Pékin, et il n'y avait plus de
voyages programmés pour le travail...
Alors j'ai pris une décision et j'ai démissionné. Mais pour te dire
jusqu'où les choses étaient allées, j'ai quand même parlé très
sérieusement aux ressources humaines de poursuivre en justice mes
managers pour harcèlement professionnel et Bloomberg m'a filé des
indemnités de 3,5 mois de salaire pour que je ferme ma gueule (alors
que tu n'as pas le droit à des indemnités quand tu démissionnes
normalement). Donc ce n'est pas une invention de ma part...
Voilà. Après on a déménagé à Shanghai et Qin et sa boîte sont ravis
qu'elle soit ici. Nous avons trouvé un nouvel appartement très près
de son bureau où nous avons emmenagé juste avant Noël. J'ai passé les
fêtes en France avec mes parents. Depuis que je suis rentré à
Shanghai, je m'occupe à lancer ma propre agence photo, avec une
dizaine de photographes freelance dont j'ai la confiance. Il faut
déposer les statuts à Hong Kong, faire le site web, engager une
assistante pour commencer, peut-être plus de gens plus tard, ouf !
Enfin pour faire un résumé en images, j'ai fait un petit portfolio
des meilleures photos que j'ai prises pour Bloomberg cette année :
http://www.pictobank.com/portfolio
J'espère que c'est plus clair comme cela ! Bonne année 2007 à tous !