Des le premier jour on dresse un petit autel a la memoire du mort. Une petite table, sur laquelle on pose une photo du defunt, entouree d'un crepe. Devant la photo on dispose, de chaque cote, des offrandes sur des presentoirs : oranges, bananes, biscuits, et pommes, et au centre un bol de riz qui tiendra droit trois batons d'encens qui doivent bruler continuellement. On les remplace des qu'ils sont proches de la consumption, en faisant trois hochements de tete au defunt (parfois omis). Au dessus de l'autel sont accroches des pieces de soie, et sur les pieces elles-memes on accroche des epitres funeraires, "a mon pere", "a mon mari". Chaque epitre est un dyptique ecrit en caracteres calligraphies. Au centre, un grand losange de papier porte un seul caractere, le caractere du deuil, qui n'est utilise que dans ces circonstances. Les pieces de soie s'accumulent les unes a cote des autres et finissent pas recouvrir presque tous les murs de la piece. Enfin par terre devant l'autel on dispose un recipient pour bruler des billets de papier.
Dans la piece on couvre les miroirs qui effraieraient l'esprit du mort. On laisse ouverte toutes les portes de l'appartement y compris la porte exterieure. Ainsi le defunt pourra revenir en esprit dans l'appartement et se deplacer a sa guise.
Les visiteurs defilent toute la journee. Ils commencent par saluer le mort. Certains s'agenouillent. Ils prennent les papiers representant de l'argent (meme si ce ne sont que des carres de papier jaune) et les brulent dans le recipient. L'argent rejoindra ainsi le mort et lui permettra de s'acheter du confort, comme dans notre monde. La priere se termine par trois grandes inclinaisons devant le defunt, effectuees avec la famille. Quelques visiteurs, surtout s'ils representent des groupes comme "les voisins" ou "les collegues" ont apporte des fleurs sur des presentoirs en osier, qu'on dresse pres de l'autel.
Les visiteurs discutent alors longuement avec la famille. On evoque la longue maladie du defunt, on se donne des nouvelles de la famille qui ne se reunit pas si souvent. A un moment, ils glissent une enveloppe contenant une somme d'argent. La famille note scupuleusement la somme pour assurer la reciprocite dans le futur. En se relayant, les visiteurs arrivent a accompagner la famille toute la journee. Le but est de ne pas laisser seuls les proches du defunt. La nuit meme, certains se proposent d'accompagner la veillee. Ainsi le mort est en compagnie pendant trois jours et deux nuits entieres. Aux heures de repas, on fait la cuisine et on mange devant l'autel sans gene. Les visiteurs presents a ce moment restent et partagent le repas.
Au matin du troisieme jour (le jour du deces compte comme le premier jour) toute la famille se reunit pour aller a la compagnie d'incineration. On decroche les epitres, la piece de soie centrale, et on les emporte avec la photo du defunt et les fleurs. Les proches descendent le recipient pour bruler la monnaie de papier et le brisent symboliquement dans la rue. Tous le monde s'entasse dans des voitures, parfois des minibus loues pour l'occasion, et l'on part a la compagnie d'incineration. Le mort doit, selon la tradition, etre enterre avant midi. Les compagnies d'incineration ne prennent pas de reservation pour des ceremonies apres onze heures - et les premieres commencent a six heures du matin.
La famille se rassemble devant la chambre mortuaire ou aura lieu la ceremonie. Deja decoree par la compagnie d'inceineration (en fonction du budget), on y ajoute la photo, les fleurs, et on accroche sur de grands presentoirs de fleurs artificelles fournis les epitres callligraphies. Au besoin, des calligraphes professionnels sont la, tout pres.
Un employe de la compagnie demande a un proche de reconnaitre le mort qui est introduit par l'arriere de la chambre mortuaire. Il a ete maquille pour etre plus presentable. Tous les morts recoivent le meme maquillage, qui les fait ressembler a des dirigeants communistes embaumes. Un orchestre offre ses services et propose de rythmer la ceremonie en musique.
La ceremonie commence. L'orchestre joue, la famille entre tete baissee dans la chambre mortuaire. Dans la premiere partie de la chambre, la famille fait face a la photo, entouree des fleurs, puis des epitres. Au signal du chef d'orchestre, tout le monde s'incline trois fois. On pleure. Quelqu'un sort des rangs et prononce un discours, dont on salue la fin par une autre inclination. Un proche du defunt prend sa place et dit quelques mots pour remercier les gens d'etre venus. Il a de la peine a retenir ses sanglots et provoque de nouvelles larmes dans l'assistance.
On contourne alors la photo et les fleurs par la droite pour passer dans la deuxieme partie de la chambre mortuaire, ou le defunt est expose, sous un drap blanc, la tete seule visible, entoure de fleurs. Les plus proches passent en premier, et, voyant le defunt, redoublent de pleurs. On doit emmener presque de force la veuve qui menace de s'effondrer. Les gens moins proches et moins emus s'incline brievement devant le mort des qu'ils le voient, puis le contournent et sortent par la gauche. Ils sortent de la chambre mortuaire, la ceremonie est terminee.
Il faut alors attendre une heure que l'incineration soit effectuee. On ne voit pas le cercueil disparaitre dans les flammes : simplement, un employe donne les cendres dans un sac rouge a la famille qui attend dans une salle d'attente enfumee. La famille place le sac dans l'urne puis sort et forme un cortege. Photo devant, urne derriere, puis tous les assistants, on regagne les vehicules. Moyennant finances, l'orchestre joue "ce n'est qu'un au revoir".